2025 marque le début d’une ère redéfinissant la manière dont les générations futures interagiront avec le monde. Nommée Génération Bêta, ces humains nés entre 2025 et 2039 grandiront dans un environnement où la technologie ne sera pas un simple outil, mais fera partie intégrante de la vie quotidienne.
Ils viennent après les générations du tournant du millénaire, les Millénials Y et Z qui ont vécu la troisième révolution industrielle, celle qui après l’utilisation de la vapeur (les métiers à tisser, le train, les premiers paquebots, les aciéries, le télgraphe) et des machines au 18ème-19ème siècles, puis l’usage de l’électricité et du moteur à explosion (l’automoblle, l’avion, les paquebots, le téléphone) au 19ème– 20ème siècles, a décollé du monde matériel pour celui de la communication sans fil individuelle et imagée.
Précisément autour de l’an 2000. Ce fut sur notre continent, de la Bretagne à l’Oural, de Malte au Cap Nord une mutation unique sur la planète. La dernière en date est intervenue au mùomùent précis, 2001, où l’Europe s’est dotée d’une monnaie commune l’euro qui a fédéré l’Union Européenne. Plus personne aujourd’hui, même dans les partis et milieux hypernationalistes n’ose remettre l’Euro en question. Ce serait, comme on dit, revenir à la lampe à huile et à la marine à voiles. Pour ne pas dire : à l’âge de la pierre.
Ce qui caractérise ces mutations industrielles, c’est qu’elles on interagi avec « l’être au monde » des humains, abolissant les distances, facilitant le quotidien, les transports, le travail. Un changement quelque peu comparable à la domestication du cheval, « l’animal rapide et docile », 2000 ans avant Jésus Christ.
Les origines de la Génération Bêta
Les générations se distinguent souvent par les événements marquants et les innovations technologiques de leur temps. Les Millenialsou Y (1980-1994) ont donc acquis premiers téléphones portables et grimpé l’échelle d’Internet. Les Z (1995-2009) aont évolué à l’heure des réseaux sociaux et des smartphones. Enfin la Génération Alpha (2010-2024) grandit dans l’essor de l’intelligence artificielle et des objets connectés. Nous arrivons à la mutation des mutations.
Née autour de 2025, la Génération Bêta, est la descendante des générations hyperconnectées. Dans son monde, les frontières entre le numérique et le physique appelé encore « le réel » seront infimes. Son quotidien sera marqué par une personnalisation sans précédent en matière d’éducation, de santé ou d’interactions sociales. A moins que le nivellement et l’uniformisation ne gagnent du terrain si elle suit les modes et lubies.
Selon Mark McCrindle, futurologue et créateur du concept de « Génération Alpha », la « Bêta » grandira avec des technologies autrefois futuristes, comme le transport autonome à grande échelle, les environnements immersifs virtuels et les dispositifs de santé portables accompagnant la vie quotidienne. Cette nouvelle génération incarne ainsi une ère où la technologie ne se limitera plus à assister robotiquement les humains, mais sera inséparable de tous les aspects de leur existence.
Technologie omniprésente, mais encadrée
Les avancées technologiques offriront à la Génération Bêta des facilités existentielles, mais aussi des défis nouveaux. Contrairement aux générations précédentes, ces enfants seront élevés par des parents natifs du numérique, notamment ceux de la génération Z, qui ont vécu à la fois les bénéfices et les périls des technologies modernes.
Ces parents sont plus conscients des effets négatifs des écrans et des réseaux sociaux, prioriseront probablement une utilisation responsable de la technologie par leurs enfants. D’après McCrindle, 36 % des parents de la génération Z considèrent la limitation du temps passé devant les écrans comme une priorité, un pourcentage en hausse.
Ainsi, la Génération Bêta pourrait être la première à intégrer pleinement la technologie dans son quotidien tout en étant sensibilisée à ses dangers. Cette dualité – entre immersion incessante et régulation prudentielle – façonnera leur manière d’interagir avec le monde numérique. Mais peut-on être si optimiste ? Loin du réel, on peut être déboussolé. A tout âge.
Dans le monde fini interconnecté de demain, la Génération Bêta sera confrontée à des enjeux globaux pressants dont le plus visible déjà est le basculement climatique, suivi de près par l’évolution démographique, croissance exponentielle ou recul de la fertilité humaine et migrations climatiques. Sans compter des hystéries comportementales susceptibles de mener l’humanité dans des impasses comme la négation des sexes ou les naissances en éprouvettes sans parents ni grossesse. Mais peut-être n’en est-on pas encore là au seuil du suicide de l’humanité. Toujours est-il que nous abordons un monde post-réalité où contrairement à l’idée de Karl Marx les superstructures évoluent plus vite que les infrastructures, le mental plus vite que le physique, l’irréel plus vite que le réel.
Les idéaux de diversité, d’égalité et de durabilité, souvent portés sans recul aucun par les générations Y et Z, influenceront encore leur vision du monde à moins qu’elles ne s’avèrent dystopiques et erronées à l’épreuve des faits. En 2035, la Bêta représentera environ 16 % de la population mondiale. Une grande partie pourrait vivre jusqu’au 22ᵉ siècle, ce qui la placerait au cœur des transformations à venir, qu’il s’agisse de l’adaptation aux crises environnementales ou à des révolutions sociales et économiques et peut-être même à l’installation de pionniers robotiques voire humains sur d’autres planètes du système solaire.
Si du moins les barbares armés, les pandémies, les catastrophes naturelles et climatiques ne font pas reculer le progrès. Si l’invasion du virtuel ne supprime pas l’intelligence parce qu’il accélère et multiplie l’information et la distribue à profusion de sorte qu’on ne peut plus réfléchir ni de procéder à des recherches personnelles. On sombre dans le loisir perpétuel. On dit de la plateforme Tik Tok, par exemple, qu’elle abêtit la jeunesse européenne en la formant à ne plus penser, en lui distribuant du « prêt à penser » préfabriqué et creux et, au sens pascalien, du « divertissement ».
(J.-P. Picaper, 1er trimestre 2025)
