Orbán hors jeu

Victoire surprenante, mais attendue, du leader de l’opposition hongroise, Péter Magyar, face à Viktor Orban, après 16 ans de pouvoir de ce dernier, lors des élections cruciales du 12 avril 2026 en Hongrie ! Bruxelles pousse un soupir de soulagement ! Orbán ne s’est pas contenté de dévier de la ligne officielle européenne, point 1. Il s’était progressivement rapproché de Poutine, point 2.

Il emboitait le pas des apologètes allemands et des admirateurs français de Poutine, assez nombreux dans l’ultradroite européenne. Son ministre des Affaires étrangères avait révélé au Kremlin les discussions et les projets du Conseil européen. À Budapest, ville massacrée par deux armées soviétiques en 1956, un climat de trahison régnait. Trahison et corruption. Car Orbán vivait dans le luxe. Comment avait-il financé sa surprenante propriété privée avec deux piscines, de nombreux hectares et bâtiments ? Etait -il vénal ?

Du coup, les choses vont-elles s’améliorer au sein de l’UE ? Des années durant, Orbán a bloqué une grande partie des progrès réalisés au sein de la communauté européenne des États libres vers plus d’unité. Il a recherché le soutien des deux potentats qui se sont jurés de marginaliser et morceler l’Europe : Poutine et Trump. La victoire écrasante de son adversaire, PéterMagyar, changera-t-elle la donne ? À Bruxelles, l’espoir renaît. « La Hongrie a choisi l’Europe », a écrit la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, sur la plateforme X. « Un pays retrouve le chemin de l’Europe. » L’Union européenne en sortira renforcée. Le soir même, Mme von der Leyen a félicité Magyar, et ils se sont engagés réciproquement à coopérer étroitement. « La place de la Hongrie est au cœur de l’Europe », a affirmé la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola. Le président du Conseil européen, António Costa, a également écrit qu’il se réjouissait de travailler en étroite collaboration avec M. Magyar pour une Europe plus forte et plus prospère.

Sur le Point 2, la politique européenne anti-Poutine, la victoire est donc totale. Péter Magyar s’est rallié à la doctrine de sa consœur italienne Georgia Meloni : pro-européenne, pour la défense de l’Ukraine envahie par Poutine et proche de Bruxelles. Espérons qu’enfin l’aide financière nécessaire à la survie de l’Ukraine sera bientôt débloquée et qu’une défense européenne associée au Canada va pouvoir se construire. Ainsi, la voie vers une UE forte sur les plans militaire et économique, tournée vers une politique étrangère efficace, sera ouverte pour assurer la survie de l’Ukraine et des autres États européens sur lesquels l’agressivité du Russe Poutine faisait planer un réel danger. Espérons aussi que les nouvelles sanctions anti-Poutine, une fois votées, contraindront ce dernier à démissionner ou à se replier vers Moscou où il aurait dû rester au lieu de causer la mort d’un million et demi de Russes et d’Ukrainiens et de détruire une partie de l’industrie et de la civilisation sur notre continent, suivant ainsi les traces meurtrières de Staline et Hitler. Peut-être une voie vers une coopération avec la Russie démocratisée après la démission de Poutine et de son entourage sera-t-elle ouverte.

Mais sur le Point 1, en politique intérieure et sociétale, en revanche, pas grand chose ne semble avoir changé en Hongrie. Péter Magyar suit une politique clairement de droite et ultradroite. Son parti n’est qu’une variante adaptable de celui d’Orban. Il a fait savoir qu’il maintient la ligne d’Orban, hostile à la diffusion notamment à la télévision et sur les réseaux sociaux de contenus incitant la jeunesse à l’homosexualité (en fait , des positions anti-LGBT) que l’Europe de Macron et autres avait ardemment encouragées. Par ailleurs, Magyar rejette le Pacte migratoire européen concocté par la gauche européenne modérée, et par les centristes macroniens tels l’eurodéputée strasbourgeoise Fabienne Keller. Cette position officielle pro-mi-grants est celle de la jurisprudence de la Cour européenne des Droits de l’Homme à Strasbourg.

On nous permettra de formuler un soupçon, à savoir que Magyar et Orban étaient de mèche avant l’élection. A savoir, faire élire un successeur d’Orban partageant les Idées de celui-ci, sauf sur l’Europe et la Russie. Magyar a peut-être même promis à son prédécesseur qu’il ne sera pas poursuivi par la Justice hongroise pour corruption s’il le soutient tout en faisant mine de le combattre. Mais ce n’est qu’une simple hypothèse sans preuves que formulent leurs adversaires. Cependant dès le soir de l’élection de son « rival« , le comportement d’Orban n’était pas du tout celui d’ un perdant. Il avait même l’air ravi du résultat. De toute manière, l’autocrate Orbán risquait fort de perdre cette élection. Son maintien au pouvoir était devenu intenable après, au total, 20 ans d’exercice du pouvoir, et compte tenu de son enrichissement personnel. Budapest doit aussi s’adapter à l’Ascension visible d’une droite européenne qui ne remet plus en question l’UE et l’euro. C’est ce que confirment les sondages. Et aussi pour être en phase avec l’échec de plus en plus prévisible , voire inéluctable de la fameuse « Opération militaire spéciale » de Poutine ( c’est à dire sa guerre d’agression et d’anéantissement de l’Ukraine..

Il ne faut pas croire toutefois que ce sera de tout repos. Faute de pouvoir soutenir Poutine, Magyar s’en prend maintenant à Israël. il a rallié la Cour pénale Internationale et se porte garant de l’ accusation pour génocide contre Benjamin Netanyahou que l’Iran a achetée à grand frais en novembre 2024 au leader de l’Afrique du sud Cyril Ramaphosa, criblé de dettes. Ceci dit, Moscou devra se contenter de corrompre des pays européens moins importants que la Hongrie, la Roumanie, la Serbie. Il devra pêcher des plus petits poissons comme la Slovaquie, la Transnistrie, la Moldavie, la Bulgarie. (JPP. C’l’Europe », 13./20. 04.2026)