Les progrès de la démocratie en Allemagne.
Nul n’ignore que les Allemands ont inventé l’écologie. Pour certains elle a pris la tournure d’une religion. Cet écologisme basique qui se souciait à juste titre du sort de plantes et des animaux, s’est un peu dilué pour survivre dans le jus postmarxiste du naufrage de la RDA en 1989. Mais ses nobles préoccupations, pluies acides accusées de décimer les forêts, trous dans la couche d’ozone ainsi que la pollution atmosphérique reprennent de la vigueur avec le basculement climatique de plus en plus évident.
Mais des débris de l’idéologie écolo basique subsistent aussi grâce aux programmes de la Centrale fédérale pour l’éducation politique, la BpB, (1) dirigée successivement par deux sociaux-démocrates (SPD), Thomas Krüger, puis Sönke Rix. Elle est placée aujourd’hui sous la haute autorité d’un ministre chrétien-social bavarois (CSU), Alexander Dobrindt. Ce tabernacle de la démocratie allemande est richement doté, 17 millions d’euros l’an dernier plus des dons régionaux, pour organiser des séminaires, conférences et colloques, pour éditer des publications online et sur papier.
Ses thèmes sont diversifiés. Il semble que la lutte contre « le racisme et l’extrémisme de droite » soit une préoccupation majeure de la BpB. S’y est ajouté néanmoins assez récemment un projet d’étude de « l’antisémitisme de gauche » doté de 96.000 euros. Mais une association critique nommée « Démocratie transparente » a fait la lumière sur un autre sujet d’études bien étrange de la BpB qui s’intitule « Démocratie des organismes », en allemand l’« Organismendemokratie ». Il s’agit des « deux à cent millions d’êtres vivants invertébrés » qui peuplent notre planète à côté des vertébrés que nous sommes avec les mammifères et les poissons, oiseaux, reptiles. Vu leur nombre important, l’éducation politique de ces « organismes » a obtenu l’an dernier un soutien financier de 100 000 euros.
Cette découverte a attiré l’attention, en ce mois de mai 2026, du quotidien conservateur « Die Welt » qui cite le texte du BpB consacré à la diffusion de la démocratie chez ces « Organismes ». Ils n’ont rien d’administratif et ne sont pas très politisés. Regardons – à la loupe – que sont ces nouveaux citoyens de la République fédérale d’Allemagne. Ce sont les « mollusques » et les « arthropodes », les « vers », « arbustes et plantes grimpantes », les « herbes aromatiques », « graminées », et les « plantes vivaces », voire « les bacilles ». Comme l’indique le programme officiel, « ces citoyennes (sic au féminin) peuplant la démocratie des organismes jouissent des mêmes droits et de la même exigence de participation politique » (sic) que nous autres, les humains.
Cela fait beaucoup de monde en effet à mériter un financement. Bref, l’enthousiasme admirable de nos voisins allemands pour la démocratie dont on les avait privés un certain temps dans leur histoire, ne connait pas de limites. On se demande toutefois comment les mollusques, vers et arthropodes, sans parler des bacilles et plantes useront de leur droit de vote pour participer à la démocratie qu’on leur a inculquée. (JPP, 23/05/2026)
1 Bundeszentrale für politische Bildung (BpB)
