Transmettre l’Histoire autrement.
La Strasbourgeoise Francine Mayran, peintre engagée et psychiatre, lutte, en connexion avec le Conseil de l’Europe, contre l’antisémitisme, le racisme et les discriminations génocidaires dans le monde. Historiques comme la Shoah, le massacre des Arméniens par la Turquie, le génocide des Tutsis au Rwanda, elles sont aussi, hélas!, actuelles. Dans ce contexte, nos rubriques «Livres» et «Buchrezensionen» signalent l’ouvrage de Sarah Cohen Fantl.[1]
Avec son association pédagogique «Valise Mémoire» qui mobilise surtout des jeunes gens pour comprendre, illustrer et exposer les valeurs de tolérance et d’humanisme de nos démocraties, nous avons recueilli le témoignage de trois étudiantes de classe de terminale STMG, baptisée Classe de Défense, [2] du lycée Adrien Zeller de Bouxwiller en Alsace : Chloé Neyner, Noémie Ober et Léa Ruch.

Le projet de ces trois élèves de terminale mené sur sur deux années avait pour objectif de mieux comprendre l’histoire des déportés juifs de leur commune pendant la Seconde Guerre mondiale et de contribuer à préserver leur souvenir. Au fil du projet, elles ont effectué un important travail de recherche historique autour des victimes locales de la Shoah. L’aboutissement de cette démarche a pris la forme d’une réalisation artistique dans le cadre des « Les valises mémoire», [3]réalisé en collaboration avec Francine Mayran. L’objectif était de raconter l’histoire des victimes autrement. Plutôt que de se limiter à des dates ou à des documents historiques, les élèves ont conçu des valises mémorielles retraçant le parcours de personnes persécutées pendant la guerre. Chaque valise constitue un symbole : elle rassemble des objets, des images et des éléments soigneusement choisis afin de représenter une vie, une identité et un destin brisé par la déportation.

La classe avait été divisée en quatre groupes, chacun travaillant sur une victime différente : les frères Joseph, Samuel Rothkopf, Benoît Malz et Fanny Wolff. Les élèves ont également étudié la mémoire de Maurice Bloch, ancien professeur de latin et de grec de leur lycée, lui aussi victime des persécutions antisémites. Pour mieux comprendre ces parcours, elles se sont appuyées sur des recherches d’archives qui leur ont permis d’approcher l’histoire sous un angle plus humain et personnel. Chaque objet placé dans les valises possède une signification symbolique. Certains évoquent la vie avant la guerre, d’autres rappellent les discriminations, la déportation ou encore la mémoire symbolisée par des objets. Le but était de permettre aux visiteurs de ressentir une émotion, de comprendre une histoire individuelle et de réfléchir à l’importance de la transmission mémorielle.
Ces valises s’inscrivent dans le parcours de la Classe de Défense. Après avoir participé à des commémorations et travaillé sur des archives historiques, les élèves ont souhaité créer une œuvre plus concrète et personnelle. Le travail artistique leur a permis de s’approprier ces histoires et de devenir, à leur tour, des passeurs de mémoire.
Au-delà de l’apprentissage historique, le projet vise surtout la transmission. Chaque valise raconte un destin individuel, mais l’ensemble constitue une mémoire collective rappelant la nécessité de ne jamais oublier. Les élèves soulignent ainsi que la mémoire ne concerne pas uniquement le passé : elle
participe également à la construction de l’avenir et à la lutte contre l’oubli.(Reportage de l’association «C’l’Europe» avec Chloé Neyner, Noémie Ober et Léa Ruch.A Strasbourg, Chapelle de la Rencontre. 26 avril 2026)
[1] Un livre en allemand sur l’Holocauste vu à travers l’histoire d’une famille juive germano-tchèque.
«Wie alles begann und sich jetzt wiederholt» (Editions Bonifatius Verlag. Okt. 2025. 22 €, ISBN 978-3-98790-100-3). (en français: « Comment tout a commencé et se répète maintenant » – Pour l’instant le livre n’eset encore qu’en allemand)
[2] Classe STMG: Sciences et Technologies du Management et de la Gestion, filière du lycée technologique orientée vers l’économie, le management, la gestion et la communication; Classe de Défense : au lycée Adrien Zeller, projet mené sur deux ans en partenariat avec les armées. Les élèves y réalisent différentes activités liées au devoir de mémoire et à la citoyenneté, comme le nettoyage des Stolpersteine, des recherches dans les archives historiques, la participation à des commémorations et la création de projets mémoriels.
[3] Dans son livre, Sarah Cohen-Fantl relate que le déclic fut pour elle sa découverte au musée d’Auschwitz d’une valise portant en grandes lettres les prénom et nom de son arrière-grand-mère parmi les vestiges des victimes conservées . Les nazis ont souvent demandé à leurs proies de prendre leurs affaires dans une valise pour leur faire croire qu’elles seraient déplacées vers un autre lieu de vie. Ils voulaient éviter ainsi les paniques et protestations qui auraient pu ameuter les populations. La plupart des valises étaient réquisitionnées sur le quai de la gare. Arrivées à destination dans des conditions épouvantables, les personnes, une fois dénudées, examinées et tondues, étaient menées à «la douche» qui masquait une chambre à gaz. D’autres valises furent celles de l’exil.
