La lutte contre l’atome en Allemagne

D’abord contre la bombe atomique puis contre l’atome civil, elle avait inspiré le Mouvement pacifiste et écologiste pendant trois décennies et fut même le catalyseur de son émergence et de son développement des années 1950 aux années 1970. Donnant raison aux écologistes, le 15 mars 2011, l’ancienne ministre allemande de l’Environnement devenue chancelière, Angela Merkel, annonça le retrait de la République fédérale de cette source d’énergie sans consulter ni le Bundestag ni ses partenaires européens. Un tremblement de terre dans le Pacifique venait de déclencher un tsunami. Des vagues atteignant jusqu’à 40 mètres de haut avaient déferlé sur la côte Est du Japon. Le tsunami avait touché la centrale nucléaire de Fukushima, située directement sur la côte. Dans les jours suivants, un terrible accident nucléaire se produisit à cet endroit. Il s’agissait de la pire catastrophe nucléaire depuis Tchernobyl en 1986.

Or, l’accident majeur de Tchernobyl était le résultat de la négligence des salariés et de la mauvaise gestion de cette centrale nucléaire dans ce qui était alors l’Ukraine soviétique. A Fukushima, les Japonais avaient probablement oublié qu’ils vivaient dans une région sismique et que des tremblements de terre se produisent également au fond de l’océan. La chancelière avait-elle pris en compte tous les éléments de ces événements tragiques ? Sa décision solitaire n’était-elle pas davantage motivée par des raisons politiques ? Probablement. Elle avait peut-être voulu former une coalition avec les Verts et leur donner un gage. Elle était également convaincue que les Russes, dirigés par ce brave Poutine, approvisionneraient l’Allemagne à tout jamais en énergie bon marché grâce à leur gazoduc dans la mer Baltique. Aujourd’hui, l’Allemagne regrette amèrement cette décision. Selon une étude de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), plus de 40 pays dans le monde s’efforcent actuellement de développer l’énergie nucléaire pour répondre à la demande croissante d’électricité.

La production d’électricité à partir de l’énergie nucléaire atteindra des « niveaux records » en 2025, a déclaré le directeur exécutif de l’AIE, Fatih Birol. Plus de 70 gigawatts de nouvelles capacités d’énergie nucléaire sont en construction dans le monde. Cette évolution n’est pas seulement due à la demande accrue des secteurs industriels traditionnels, mais également à la demande accrue des voitures électriques, des centres de données et de l’utilisation de l’intelligence artificielle, qui nécessitent tous des quantités importantes d’électricité. Malheureusement, l’Allemagne suit une voie spéciale en matière de politique énergétique et a fermé progressivement ses 14 centrales nucléaires depuis 2011, les trois dernières en avril 2023. Et ce, au moment où le gazoduc de la Baltique a été mis hors service dans le contexte de la guerre de Poutine contre l’Ukraine.

(« C’l’Europe », avec la « B.Z., Die Stimme Berlins am Morgen“, Gunnar Schupelius. 17.01.2025)